Crise géopolitique : l’Otan, une organisation moribonde

trump

L’Otan est toujours là, bien sûr, mais uniquement faute de mieux. Tout le monde veut s’en débarrasser : les Européens qui souhaitent une défense européenne[1], Donald Trump qui exige des Européens qu’ils participent davantage à leur défense… Le tout se combine en un processus lent dans lequel l’Otan continue à encombrer la piste européenne pendant que les Européens tergiversent entre plusieurs stratégies :

. augmenter leur quote-part[2] et acquérir un droit à la parole équivalent à celui des États-Unis au sein de l’Otan (voire singulariser une Otan européenne à terme)[3]. Une stratégie qui, pour avoir des chances de succès, nécessite une grande cohésion dans le camp européen, et on en est bien loin aujourd’hui ;

. faire avancer un projet de défense européenne sur la base de quelques pays uniquement en dehors de l’Otan et programmer un arrêt graduel des contributions à l’Alliance pour une sortie organisée. Cette stratégie est actuellement plus réaliste, mais crée de grandes tensions entre Européens et avec les Nord-Américains[4] ;

. européaniser des armées nationales, comme l’Allemagne semblerait tentée de le faire d’après certains[5] ;

. opter pour les Russes au lieu des États-uniens comme protecteurs ! Certes, nous posons cette option de manière provocatrice, mais nous estimons qu’intégrer cet angle peut aider à mieux comprendre la confrontation américano-russe en Europe. La Russie n’a aucun intérêt à une Europe en guerre, encore moins que les lointains États-Unis en fait. Tout comme la Chine en mer de Chine du Sud, ils amassent troupes et armes sur le front européen, probablement moins pour attaquer que pour se défendre et s’assurer du calme dans leur voisinage. Dans le monde multipolaire de ce XXIe siècle, les États-Unis ne seront plus les seuls « flics » du monde. Et nous estimons que, même s’ils sont minoritaires, certains pays de l’Est de l’UE commencent à considérer que, puisqu’une défense européenne semble encore bien lointaine, et puisqu’une défense américaine impose une nuisible confrontation avec la Russie, pourquoi ne pas changer de parapluie ? Nous pensons à la Hongrie, bien sûr, mais aussi à la Grèce, à l’Italie, à l’Autriche. Évidemment, vous ne lirez aucune déclaration claire à ce sujet avant longtemps – et il faut espérer que l’Europe trouvera avant cela les moyens de se protéger toute seule comme une grande. Mais en ayant cette idée à l’esprit, on comprend mieux certains événements, telle cette rencontre entre Poutine et van der Bellen à Vienne le 6 juin[6], ou celle du même Poutine avec le président bulgare[7], toutes deux évoquant des liens « stratégiques », énergétiques tout au moins. Après tout, c’est déjà ce qu’a fait la Turquie[8] !

En attendant que l’UE trouve le moyen de se décider, l’Otan moribonde couve une dernière braise…
Lire le dossier confidentiel entier dans le bulletin GEAB 126, juin 2018

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[1]    Source : Telegraph, 03/06/2018
[2]    Source : DefenseNews, 07/06/2018
[3]    Source : err.ee, 11/06/2018
[4]    Source : Le Soir, 06/06/2018
[5]    Source : Foreign policy, 22/05/2017
[6]    Source : Politico, 05/06/2018
[7]    Source : Memri, 12/06/2018
[8]    Source : IISS, 15/02/2018