L’Euroland face à l’effondrement du Dollar

La crise mondiale anticipée pour la fin Mars 2006 va soumettre l’Euroland à une rude épreuve qui déterminera probablement la pérennité ou non de l’Euro. La forte baisse du Dollar génèrera automatiquement une forte hausse de l’Euro par rapport à cette monnaie, et à nombre d’autres liées au Dollar (notamment la monnaie chinoise). Cette situation provoquera une baisse immédiate et importante de la compétitivité des entreprises européennes à l’exportation vers la zone Dollar, avec un impact négatif sur les exportations européennes et une aggravation immédiate du chômage en zone Euro. Face à une telle situation, les tentations seront fortes dans certains pays d’essayer de se lancer dans un « cavalier seul », en sortant de l’Euro, pour pallier ses difficultés. Mais à ces forces centripètes s’opposera l’attrait certain de la seule zone mondiale de stabilité monétaire que constitue l’Euroland. Si ce conflit entre deux tendances contradictoires se développe au sein de l’Euroland, il sera encore plus présent dans les pays de l’UE non-membre de l’Euroland.

En la matière les dirigeants de l’Euroland doivent se préoccuper du besoin d’ « arrimage » solide des nouveaux Etats-membres, tous potentiellement futurs membres de l’Euroland. Ils seront les plus exposés à l’instabilité et cette situation nécessitera des perspectives claires et des mécanismes de protection de leurs devises particulièrement efficaces. Parallèlement, le cas des trois pays de l’UE à 15 non-membres de l’Euroland – Danemark, Suède et Royaume-Uni – se posera rapidement puisque ces Etats se trouveront eux aussi dans une situation très délicate. Selon toute probabilité, le Danemark et la Suède se rapprocheront très fortement de l’Euroland et exprimeront une volonté d’adhésion qui n’aura plus d’opposition populaire. Le cas britannique est plus épineux car, comme indiqué précédemment dans le présent numéro, le Royaume-Uni est étroitement intégré à la zone Dollar et ses avoirs en Dollars sont très supérieurs à ceux du reste de l’UE (près d’un tiers de ceux de toute l’Europe). Dans ces conditions, il est très difficile d’anticiper la situation économique et financière du Royaume-Uni dans le cas d’une telle crise, sinon qu’elle sera certainement la plus critique de tous les pays européens. La City joue ainsi depuis des décennies le rôle de canal annexe de Wall Street. Une crise monétaire et financière majeure affectant le Dollar et les Etats-Unis constituerait donc une catastrophe pour la place londonienne…

Les dirigeants de l’Euroland devront donc étudier trois types de scénarios différents pour anticiper la crise annoncée :

. un scénario d’ « arrimage » des nouveaux Etats-Membres, pouvant en cas d’urgence envisager même une entrée accélérée dans l’Euroland ; l’Italie a bien été acceptée alors qu’elle ne respectait (et de loin) aucun des critères requis ; il n’y aurait donc rien d’impossible en la matière vis-à-vis des 10 nouveaux Etats membres si la situation l’imposait.

. un scénario de négociation-adhésion accéléré avec la Suède et le Danemark.

. et enfin, un scénario plus aléatoire, d’analyse du possible avec le Royaume-Uni.

Une entrée du Royaume-Uni dans l’Euroland, à l’occasion d’une telle crise, ne pourra en effet se faire qu’une fois qu’auront été définis des fondamentaux monétaires, financiers et économiques britanniques clairement compatibles avec la zone Euro afin d’éviter que le Royaume-Uni n’importe une instabilité liée au Dollar au sein de l’Euroland. Les dirigeants de l’Euroland devraient dès aujourd’hui travailler à l’élaboration de ces conditions sine qua non…

Lisez la suite dans le GEAB No 2 / 15.02. 2006