Votre intelligence du futur
Nous n’allons pas dresser un calendrier de toutes les élections, mais de celles qui nous paraissent les plus significatives. En effet, en 2023 par exemple, dix états africains organisent des élections nationales : République démocratique du Congo, Gabon, Libéria, Libye (si elles ne sont pas une nouvelle fois reportées), Madagascar, Nigéria, Sierra Leone, Soudan du Sud, Soudan et Zimbabwe (soit 1/3 de la population africaine). En 2024 ce seront 19 autres pays africains[1]. En Europe ce sont huit états-membres (soit 1/4 de la population de l’UE) qui organisent des élections nationales. Elles serviront de thermomètre pour mesurer le renforcement des tendances populistes, d’extrême droite en Europe, inscrites dans les dynamiques de 2022 en Hongrie, en France, en Italie, en Suède, au Danemark.
Globalement, 2023 a débuté avec quelques élections révélatrices en termes de leadership, mais qui s’inscrivent dans la continuité politique : République tchèque avec l’élection à la tête de la présidence de Petr Pavel, ancien président du comité militaire de l’OTAN (13-14 janvier & 27-28 janvier), au Nigéria (25 février) avec l’élection dès le 1er tour de Bola Tinubu, dirigeant du Congrès des progressistes (APC) au pouvoir depuis 2015[2], en Estonie (5 mars), renforcement de la majorité gouvernementale de la première ministre sortante pro-ukrainienne, Kaja Kallas, le 10 mars l’élection par le Parlement de Xi Jinping pour un 3ème mandat, certes inédit mais attendu[3].

Figure 1 – Carte des élections de 2023. Source : EIU
2 avril 2023 – Bulgarie : 5ème élection législative en Bulgarie depuis 2021, continuité dans l’instabilité politique, depuis 2 ans aucun gouvernement n’a pu se maintenir, et le bras de fer anti/pro-russe[4], avec un retour de l’ancien tsar de 85 ans Siméon II… Un nouveau record d’abstentions à prévoir ?
2 avril 2023 – Finlande, élections législatives : la dernière bévue de l’actuelle première ministre Sanna Marin (très populaire en Europe) risque de lui coûter quelques points (non, ce ne sont pas ses frasques, mais la dernière promesse de livrer à Kiev des avions de combats finlandais -F/A-18 Hornet- sans avoir préalablement consulté le haut commandement militaire, ni le président ou le ministre des affaires étrangères, ni le parlement[5]), c’est dans un mouchoir de poche que les 3 principaux partis s’affichent en tête des sondages, avec une avance pour le parti conservateur (KOK) sur le parti social-démocrate (SD) de la 1ère ministre sortante Sanna Marin et le PS (Partis des Finlandais)[6], offrant à la droite/droite une possibilité de coalition, sans les sociaux-démocrates[7]. Économie, éducation, dette du pays… ce n’est plus vraiment l’intégration de l’OTAN qui est en jeu (même si sur ce point le gouvernement Marin n’a pas réussi à contrer l’opposition de la Turquie), celle-ci est actée également par le parti nationaliste[8]. Un avant-goût de l’échéance européenne.
7 mai 2023 – Chili : élection de la seconde assemblée constituante chilienne. Après le large rejet en septembre 2022 du nouveau projet constitutionnel, les partis politiques chiliens se sont enfin mis d’accord pour un nouveau scénario pour la réforme de la Constitution chilienne. Il doit conduire au référendum en décembre 2023.
14 mai 2023 – Turquie : élection présidentielle et élections législatives. Les plus attendues et observées bien évidemment. La date du 14 mai[9] a bien été confirmée[10], même si des rumeurs circulaient sur leur report éventuel dans le contexte de crise qui frappe dramatiquement le pays actuellement[11]. Les plusieurs dizaines de milliers de morts et disparus pèseront surement dans les urnes turques, mais elles pourraient ne pas aider les partis d’opposition. L’opposition est elle-même divisée, et il n’est pas exclu que des frictions se créent entre les différents partis de l’alliance menée par Kemal Kiliçdaroglu (74 ans)[12]. De plus, la population turque durement éprouvée pourrait refuser de s’engager en plus de tout dans une instabilité politique du pays[13] et Erdogan avait promis en décembre que cela pourrait être son dernier mandat, avant de laisser la place aux jeunes. Enfin, Erdogan peut compter sur un environnement international favorable qui reconnait la Turquie comme acteur géopolitique et acteur de paix[14] incontournable, pour le monde occidental (OTAN), pour le monde musulman (et donc au-delà du monde arabe[15])… Une chute incontrôlée d’Erdogan pourrait entrainer le pays dans un chaos encore plus vaste : libérer l’armée des carcans d’Erdogan (coup d’état militaire, déstabilisation de l’OTAN… ), libérer les « islamistes-intégristes » de ce même carcan, ouvrir les vannes de nouvelles vagues d’immigration vers l’Europe (les partis d’opposition soutiennent les politiques de renvoi des réfugiés syriens), ouvrir un nouveau front conflictuel aux frontières de l’Europe…
Avril/mai (2nd tour 2 juillet) 2023 – Grèce : élections législatives. Le 1er tour fixé initialement au 9 avril serait reporté au 21 mai, compte tenu de la situation de deuil national de 40 jours déclaré par le gouvernement grec[16]. Oubliées les tensions avec la Turquie, le très grave accident de train qui a couté la vie à 57 personnes le 28 février dernier a jeté des centaines de milliers de personnes dans la rue à manifester et faire grève contre le gouvernement Mitsotakis[17] (qui a mis une semaine avant de s’excuser publiquement), tout cela attisé par un fond de double scandale qui secoue le gouvernement : le scandale d’écoutes téléphoniques (« Watergate grec »[18]) et le scandale de la vice-présidente grecque du Parlement européen Eva Kaili (« Qatargate »). Cette situation qui ravive les ressentiments contre les élites grecques mais aussi les sentiments anti-européens enracinés dans la gestion de la crise grecque de 2008/2009 et qui se trouvent accentués par la priorité donnée aux budgets militaires (poids de l’OTAN), plutôt que sociaux et économiques, et la gestion de la crise des migrants, quand l’Italie accuse la Grèce d’être responsable du dernier naufrage de migrants (60 décédés)[19]. Nous sommes dans la continuité de la fin de l’Europe…
7 mai 2023 – Thaïlande : élections législatives. Malgré les changements constitutionnels (après le coup d’état de 2014), la perte de popularité des dirigeants et l’envolée des partis d’opposition (80 en tout !), cette élection ne sera qu’une répétition de celle de 2017, mais risque d’être la dernière. La junte au pouvoir peut encore s’assurer le vote de ses 250 sénateurs nommés par elle (et non élus). Même si challengé par ses propres pairs, le général Prayut garde toutes ses chances pour être renommé à la tête du pays, le temps de préparer sa succession, puisque légalement il ne peut exercer son mandat que pour une durée de 2 ans (2025)[20].
28 mai 2023 – Espagne : élections dans 12 régions espagnoles (sauf Castille-Leon -2022[21], Andalousie -2022[22], Catalogne -2025, Pays basque et Galice -2024), élections municipales dans tout le pays, grande répétition générale avant les élections générales de décembre[23]. Avec une économie qui est mal en point, un chômage autour de 13-14%, une inflation autour de 7-8%, depuis le début d’année l’Espagne est secouée par des vagues de manifestations et des grèves (réforme des retraites, santé publique, éducation, logements, police, justice …)[24]. Ces élections pourraient bien confirmer les revers du gouvernement Sanchez qu’il a subis en 2022 en Castille-Leon et dans son fief andalou, avec un PPE (parti conservateur) en tête des sondages (32% contre 26% pour le PSE)[25].
25 juin 2023 – Guatemala : élections nationales. Elles devaient être trois candidates à la présidentielle, elles ne seront que deux, Zury Ríos (Vamos, du parti du président sortant Alejandro Giammattei qui ne peut pas se représenter) et Sandra Torres (UNE, social-démocrate)[26]. La candidature de Thelma Cabrera du parti de gauche des indigènes a été invalidée par la cour constitutionnelle guatémaltèque[27]. Corruption, trafic de drogues, crise des migrants, crise agricole et de production minière, les conséquences de la guerre en Ukraine sur l’économie force le pays à réintégrer le rang des alignés à l’occident[28].
30 septembre 2023 – Slovaquie : élections législatives anticipées à la suite de la chute du gouvernement Heger (pro-européen) en septembre 2022. Deux points à observer : la constitution d’un nouveau parti pro-occidental par le 1er ministre sortant[29], le retour de Mikuláš Dzurinda (président slovaque de 1998 à 2006, acteur de l’intégration de la Slovaquie à l’UE et dans l’OTAN)[30] avec son parti « Blue Coalition » et celui de Robert Fico à la tête du SMER (pro-russe)[31], qui pour le moment caracole en tête des sondages[32]. Si pour le moment le gouvernement slovaque continue sa politique pro-ukrainienne, il n’en reste pas moins que ceci est un avertissement pour l’occident[33]…
23 juillet 2023 – Cambodge : élections générales. Ce n’est pas encore cette année que l’occident pourra compter sur un revirement de ce pays vers son giron. Le voilà qui vient de condamner le chef de file d’opposition, Kem Sokha, à 27 ans de prison pour complot avec les États-Unis[34], soutient le plan de paix chinois pour mettre fin à la guerre en Ukraine (le Cambodge a toujours voté en faveur des résolutions de l’ONU qui condamne l’invasion russe de l’Ukraine) et va même jusqu’à organiser des exercices militaires conjoints avec la Chine[35]… Organisateur des Jeux d’Asie du Sud-Est, le premier ministre sortant Hun Sen, qui se représente, n’aura sans doute aucun mal à se faire réélire, surfant sur une vague plus que confortable tant en termes économiques que géopolitiques. L’une des économies de l’ASEAN à la croissance la plus rapide en 2022/2023 qui renforce ses coopérations avec ses partenaires, notamment le Vietnam[36].
12 octobre 2023 – Pakistan : élections législatives. Bataille de multimillionnaires entre l’ex Premier ministre Imran Khan, poussé à la démission à la suite du vote d’une motion de censure en avril 2022 et l’actuel Premier ministre Shehbaz Sharif sur fond de poudrière économique, sociale, climatique[37], terroriste, islamiste et militaire…
14 octobre 2023 – Nouvelle Zélande : élections législatives. Sans Jacinda Ardern, qui a démissionné en début d’année et ne se représente pas. Les derniers sondages indiquent une perte de popularité de son parti travailliste.
Octobre/novembre 2023 – Pologne : élections législatives[38]. Défense de la ligne dure anti-russe en Europe[39], renforcement de la position de la Pologne dans le camp occidental au même niveau que la France et l’Allemagne[40], renforcement des relations avec les Etats-Unis pourvoyeurs de fonds (ce qui permet à la Pologne de contrer le gel des fonds européens et de tenir tête aux institutions européennes) et d’armes… le gouvernement polonais du PIS connait son heure de gloire à la saveur d’un « Polexit » pour lequel il a été assigné devant la CJUE, mais qui pourrait bien revenir en boomerang dans la figure de l’UE[41], et qui renforce du même coup son leadership dans le groupe de Visegrad[42]… L’une des manifestations de cette tendance est une rhétorique anti-allemande de plus en plus intense, et exacerbée à l’approche des élections[43]. Cependant, le talonne dans les sondages la Coalition civique de Donald Tusk, qui espère sans doute bien réussir à renverser le pouvoir populiste, comme l’a fait en République tchèque Petr Pavel.
29 octobre 2023 – Argentine : présidentielle, législatives et sénatoriales. 44% des Argentins voteraient pour Lionel Messi si l’élection présidentielle avait lieu aujourd’hui (Le Figaro, décembre 2022), c’est dire le désarroi des Argentins… Mais une autre figure occupe la scène depuis son élection en 2021, Javier Milei, anarcho-capitaliste, libertarien, bitcoiner[44]. En décembre l’ancienne présidente Cristina Kirchner a été condamnée à six ans de prison et l’inéligibilité à vie pour corruption et fraude, situation économique complexe (reprise en 2022 après une grave récession). Le vent qui aura soufflé sur le Brésil sera-t-il aussi favorable au président sortant péroniste Fernandez ?[45]
Décembre 2023 – Espagne : élections législatives. A l’aune des résultats des élections régionales quelques mois auparavant le gouvernement Sanchez pourra anticiper sa campagne pour cette échéance nationale (à noter que l’Espagne présidera le conseil de l’UE depuis le 1er juillet).
Mai / décembre 2023 – Inde : élections régionales. Ces élections régionales qui doivent se tenir courant 2023 (de mai à décembre) seront un premier test de grandeur pour Modi, le BJP et sa coalition nationale (NDA). Les 3 premières élections qui se sont tenues en février ont permis à son alliance, NDA, à se maintenir. Cependant, il est à noter que sur deux de ces votes ce n’est pas le BJP qui arrive en tête, mais son parti allié[46].
A l’issue de cette année électorale 2023, c’est le statu-quo qui s’impose, avec le même paysage géopolitique fracturé entre Occident et le reste du monde sur la question russo-ukrainienne. L’Occident a beau clamer une victoire lors du dernier vote de l’ONU qui condamne l’invasion russe de l’Ukraine, mais à bien y regarder les positions n’ont pas changé : Le nombre de voix en faveur de la résolution est le même que lors du premier vote, en mars 2022; quatre pays ont voté pour la condamnation de l’invasion russe, après s’être abstenus (ou avoir été absents) lors du vote précédent, deux pays qui s’étaient abstenus en 2022 ont cette fois soutenu la Russie et quatre pays ont quitté le camp du « pour » pour celui de l’abstention ou du siège vide[47]…
13 janvier 2024 : Taïwan : élection présidentielle[48]. C’est Taïwan qui va ouvrir le bal de l’année électorale 2024 et donner sans doute un 1er coup de tonnerre dans le paysage géopolitique global. De cette élection dépendra notamment la normalisation, le rééquilibrage des relations avec la Chine, bien endommagées par la politique de l’actuelle présidente. Tsai Ing-wen ne peut pas se représenter, puisqu’elle a déjà effectué deux mandats. Son parti, le DPP a été largement battu lors des élections municipales de fin 2022 remportées notamment par le Kuomintang (KMT), ce qui le contraint à faire bouger, sous la direction de son nouveau président et candidat à la présidentielle William Lai (Lai Ching-te, actuel vice-président de Taïwan), ses lignes sur sa politique anti-Chine[49] dont il avait fait son cheval de bataille[50]. Une stratégie qui lui a permis sans doute de remporter de justesse les dernières élections du comté de Nantou[51]. Cependant, si dans le cadre des élections locales les priorités des électeurs ont porté sur les questions économiques et sociales, l’indépendance et la sécurité[52] de Taïwan seront aussi des enjeux majeurs des prochaines élections présidentielles. Même avec une victoire du KMT[53], 2024, n’ouvrira pas la voie d’une réintégration de Taïwan[54] et c’est donc sur une autre stratégie que la Chine table aujourd’hui pour le rétablissement des relations transdétroit[55]. On ne parle plus d’unification (one country, two systems), on est à la recherche d’une stratégie pour façonner une « paix froide » dans le détroit de Taiwan[56].
14 février 2024 – Indonésie : élections générales. Qui prendra la suite de Joko Widodo, qui ne peut pas se représenter ? L’Indonésie est le 4ème pays le plus peuplé au monde avec plus de 281 millions d’habitants dont 231 millions de musulmans (86.7%). L’électorat 2024 sera majoritairement jeune, plus de 54% des électeurs seront issus des générations Z et Millenials (l’âge légal pour voter est de 17 ans), étudiants, chercheurs d’emploi, jeunes professionnels, qui vivent le présent et se projettent dans le futur, les défis économiques et sociaux sont nombreux[57]. C’est aussi le cas des candidats (les deux principaux : Ganjar Pranowo, Parti démocratique indonésien de lutte – fusion de tous les partis non-musulmans, et le « occidentalisé » Anies Baswedan, indépendant soutenu par le parti musulman conservateur PKS[58]) dont la majorité ont en dessous de 60 ans et donc « découplé du monde d’hier ». Composé de plus de 17.000 îles, les questions climatiques, environnementales, notamment la montée des eaux, pèseront dans la balance. A la tête de la présidence de l’ASEAN pour 2023.[59]
17 mars/ 7 avril 2024 – Russie : élection présidentielle. Dans les milieux médiatiques occidentaux on espère un big-bang avec l’élection présidentielle russe de mars 2024 et bien évidemment l’écartement de Poutine. Mais le big-bang pourrait être autre. Cette élection doit se tenir quasi-simultanément avec la présidentielle ukrainienne fin mars 2024 (soit à 15 jours d’intervalle) et Poutine entend également organiser l’élection présidentielle russe dans les 4 régions « ukrainiennes » annexées de Zaporijjia, Kherson, Lougansk et Donetsk. Hautes tensions en vue ! En 2020, soit deux ans avant la guerre en Ukraine, les électeurs russes avaient adopté par référendum des amendements à la constitution russe permettant à leur président de se représenter pour quatre mandats successifs, ce qui assure à Poutine de rester à la tête de la Russie jusqu’en 2036 ! On pensait alors à « Poutine forever » [60]. Bien entendu la tenue de ces élections et la candidature de Poutine dépendront d’ici là de l’évolution de la guerre en Ukraine (qu’il a tout intérêt à faire durer au-delà des élections s’il ne peut la gagner), s’il n’a pas été assassiné, renversé ou qu’il s’écarte volontairement (pour ne pas porter la responsabilité d’une éventuelle défaite militaire)[61], ou annihilé par un dérapage nucléaire de la guerre en Ukraine. Si la nomenklatura soutient Poutine, elle reste prudente pour éviter toute escalade du conflit, et surtout qu’il ne franchisse les frontières russes elles-mêmes. Si une telle situation devait se présenter, même provoquée par les forces occidentales[62], Poutine n’est pas à l’abri d’un écartement du pouvoir, voire d’un coup d’état (qui, dans ce cas, ne pourrait être autre que militaire). L’éviction de Poutine, surtout si elle est orchestrée de manière volontaire ou en interne, ne signifie aucunement une fin du régime russe tel que nous le connaissons. L‘ère post-Poutine n’est pas forcément prometteuse de paix ni de réconciliation avec l’Occident, elle peut conduire à un durcissement de la politique intérieure[63], surtout si en Ukraine Zelenski est réélu à la présidence (dans un pays qui n’a d’ailleurs plus vraiment d’opposition) exacerbant la droite nationaliste russe, seule force qui pourrait s’opposer à Poutine[64]. Les Russes eux-mêmes anticipent des élections particulières à l’ombre de la guerre[65] et l’apprentissage de la résilience dans une période de refonte complète de l’économie russe : découplage occidental, nouvelles routes du sud (les routes prometteuses du « global south »[66]), priorité au budget de la défense et des dépenses militaires (mais quel pays ne l’a pas fait en 2023 ?)… Un premier test sur la popularité ou non de Poutine en septembre 2023 lors des élections régionales qui pourrait alors influencer sa candidature ou non.
10 avril 2024 – Corée du sud : élections législatives. L’enjeu de ces élections sera de savoir si l’actuel Président, Yoon Seok-youl, disposera d’une majorité à l’Assemblée nationale, actuellement entre les mains du Parti démocrate de l’ancien Président Moon Jae-in, et elles confirmeront les résultats que son parti Pouvoir aux nationaux avaient obtenus dans le cadre des élections locales en juin 2022.
Avril 2024 – Pérou : élection présidentielle. Après la destitution du Président Castillo (qui vient d’être condamné à 36 mois de prison préventive) et les manifestations violemment réprimées qui ont traversé le pays (et provoqué la mort de 60 personnes)[67], le Congrès péruvien a finalement annoncé la tenue d’élections présidentielles anticipées en avril 2024 (au lieu de 2026). Cependant, la date pourrait être avancée une nouvelle fois, même si le Congrès jusqu’à présent a refusé de se soumettre aux demandes et recours, dont ceux de la très contestée présidente en intérim, Dina Boluarte. 74% des Péruviens estiment même que la présidente en intérim se doit de démissionner pour forcer le Congrès à anticiper les élections[68]. Pour la gauche latino-américaine, la crise péruvienne est bien entendu un revers, d’autant plus qu’elle a été provoquée par des accusations d’ingérences étrangères (Mexique, Bolivie) dans la politique de Castillo.
Mai 2024 – UE : élections européennes. En termes de légitimité, inutile de préciser que ces élections du prochain Parlement européen sont perçues par les citoyens à l’ombre des scandales qui secouent actuellement le monde parlementaire européen au plus haut niveau, dont le Qatargate n’est sans aucun doute qu’un révélateur des dysfonctionnements d’un parlement sous influences[69], sur un fond de crises économiques, sociales et géopolitiques intra-européennes. En termes de démocratisation, le coche 2024 semble être raté. En cinq années de législature, le Parlement européen n’a été capable d’adopter qu’une mesurette accordant 28 sièges à des listes transnationales (quelle victoire, c’est vraiment la montagne qui accouche d’une souris !). Exit toute dimension européenne, nous voici encore et toujours dans 27 élections nationales qui, sans surprise, vont laisser la place belle aux souverainismes nationaux. Une affaire conclue rondement par le rapprochement sans honte entre les droites conservatrices et extrêmes européennes[70]. La désignation du prochain président de la Commission européenne, fonction à laquelle von der Leyen serait à nouveau candidate, risque d’être aussi compliquée que celle de 2019, et sans doute même plus, rien n’est moins sûr que les chefs d’états européens ne veuillent resserrer la liberté de pouvoir de la Commission européenne. L’effacement de l’Europe c’est aussi une question de mentalité.

Figure 2 – Le positionnement des différents partis d’extrême droite en Europe. Source : Statista
Mai 2024 – Afrique du sud : élections nationales. Nous renvoyons vers notre focus spécial sur l’Afrique du sud : « 2024 – Ramaphosa réélu à la présidence de la coalition : en route vers la zone de libre-échange continentale africaine » du numéro GEAB 171 du 15/01/2023.
Mai 2024 – Inde : élections nationales. Nous renvoyons vers notre focus spécial Inde : mai/juin 2024, la réélection de Modi ? Un chemin pas si aisé que cela… du dernier numéro : GEAB 172, 15/02/2023.
Juillet 2024 – Mexique : élection présidentielle et élections nationales. Le Mexique est le vase communicant entre les deux sous-continents américains il est donc intéressant d’observer ces élections qui seront révélatrices de l’ancrage géopolitique du sous-continent latino-américain dans l’année à venir[71].
5 novembre 2024 – Etats-Unis : élections présidentielles. Bien entendu, tous les regards se tournent principalement vers les élections américaines et l’affrontement des potentiels candidats Biden vs Trump, du moins tel que cela se dessine en ce début d’année 2023. Les fronts de bataille se précisent déjà : budget, inflation, dettes (de l’état national, des états fédérés, des ménages, des étudiants, des malades, des retraités, des banques et la crainte d’une nouvelle crise financière et des subprimes[72]…), santé, énergie, immigration, vente des armes et terrorisme[73], mais aussi sur l’intégrité de l’union et celle des élections[74]. Après son check-up complet et le branle-bas de combat de son équipe de campagne[75], plus personne ne semble douter que Biden se représente[76]. Effectivement, pour le camp démocrate, c’est un pari gagnant[77]. Mais cela pourrait n’être aussi qu’un cache misère, car rien n’assure que Biden une fois élu ne quitte pas la présidence pour laisser sa place à sa probable vice-présidente, Kamala Harris, qui sans cela ne passerait pas[78]. Côté Républicain, on voit mal comment contourner Trump, même si dans les rangs ça grince des dents que les candidats aux primaires républicaines ne manquent pas[79], et que Trump est à nouveau sous la menace d’une poursuite pénale pour une affaire de pots de vin[80]. Alors un retour est-ce vraiment l’option la plus favorable pour les Etats-Unis et le monde ? Reste à savoir combien « impopulaire » est Joe Biden[81]…
Quel monde émergera en 2025 après deux années d’échéances électorales capitales pour la gouvernance du monde ? Assisterons-nous au renforcement, voire à l’augmentation, des tensions géopolitiques et conflictuelles ou plutôt à leur affaiblissement ? Difficile de déterminer ce qui ressortira de l’année électorale 2024 notamment, si ce n’est tous les espoirs d’une Russie post-Poutine… Les « prédictions » portent toutes sur les chances des candidats d’être élus ou plus précisément réélus, puisque dans les quelques pays que nous suivons, on prend les mêmes et on recommence. Après Xi Jinping et le retour de Lula, voici Biden (ou Trump), Poutine, Modi, Ramaphosa, …, et s’ouvre la perspective d’un monde fin 2024 dirigé par des puissances dont les chefs d’Etat seront plutôt vieillissants (entre 72 et 82 ans pour ces candidats !).
En 2023 et 2024 nous serons suspendus à ces échéances pour comprendre si notre monde a pris l’option de la paix ou celle des nationalismes exacerbés (sous toutes formes, y compris religieuses). Certes, les résultats dépendent des votes des citoyens, mais nous savons l’état actuel de nos démocraties et de leurs dysfonctionnements. Nous savons que ce sont aussi les groupes d’influence et de pression – économiques, sociaux, communautaires, …, nationaux et internationaux – qui font et défont les leaders du monde.
Cependant, 2024 c’est encore relativement loin, et tout accident peut renverser la situation. Nous ne sommes pas à l’abri d’un accident de santé ou du décès de Biden (80 ans), d’une défaite russe, d’un dérapage nucléaire, d’un attentat contre Poutine ou Zelenski, d’un durcissement des souverainismes en Europe…
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[2] Malgré les espoirs de la jeunesse de changement dans le pays. Sources : JeuneAfrique, 01/03/2023, et Politico, 06/03/2023
[3] Source : LeMonde, 11/03/2023
[4] Sources : Balkaninsight, 14/02/2023 et Wikipedia
[5] Source : Helsinkitimes, 11/03/2023
[7] Source : Helsinkitimes, 07/03/2023
[8] Source : Helsinkitimes, 21/02/2023
[9] Le 14 mai 1950 marque la victoire d’Adnan Menderes, figure emblématique pour la droite conservatrice turque, qui a mis fin au règne du parti de Mustafa Kemal «Atatürk», père de la Turquie moderne. Source : Le Figaro, 22/01/2023
[10] Sources : aljazeera, 10/03/2023 et fairobserver, 02/03/2023
[11] Source : Al Monitor, 13/02/2023
[12] Source : middleeasteye, 03/03/2023
[13] Source : France24, 10/03/2023
[14] Source : Arabnews, 11/03/2023
[16] Source : Greekreporter, 09/03/2023
[17] Source : France24, 08/03/2023
[18] Source : Euractiv, 06/01/2023
[19] Source : Euractiv, 03/03/2023
[20] Sources : Asiamediacenter, 01/02/2023 et Pattayamail, 25/02/2023
[21] Source : LeTemps, 14/02/2022
[22] Source : FranceInfo, 20/06/2022
[23] Source : LePetitJournal, 01/01/2023
[24] Sources : ElPais, 04/03/2023 (police), ElPais, 12/02/2023 (santé), Euribor, 01/03/2023 (immobilier)
[26] Source : Concriterio, 16/09/2022
[27] Source : Amerika21, 24/02/2023
[28] Sources : Agriculture: Telegraph, 02/03/2023 – Production minière : FranceInfo, 08/03/2023
[29] Source : Reuters, 07/03/2023
[30] Source : Balkaninsight, 15/02/2023
[31] Source : Reuters, 10/03/2023
[32] Sources : Wikipedia et HungaryToday, 10/03/2023
[33] Source : Spectator, 21/02/2023
[34] Source : France24, 03/03/2023
[35] Sources : KhmerTimes,04/03/2023 ; LePetitJournal, 07/03/2023
[36] Source : Vietnam.net, 04/03/2023
[37] Cf les inondations de septembre 2022 avec 10% du pays sous les eaux, 1700 morts, 2 millions de sans-abri, 30 milliards de pertes… Source : EastAsiaForum, 17/02/2023
[39] La Pologne bloque le nouveau train de sanctions européennes contre la Russie : «Trop léger, trop faible» – Source : LeSoir, 24/02/2023
[40] Sources : La Pologne ou la nouvelle tête de pont de l’OTAN – Euronews, 25/02/2023. Ce qui lui permet de boycotter aux côtés de l’Allemagne la décision européenne d’arrêt des véhicules thermiques à compter de 2035 – lemiroirdunord, 07/03/2023
[41] Source : TheGuardian, 15/02/2023
[42] Source : CourrierInternational, 12/03/2023
[43] Source : City News, 09/12/2022
[44] Source : Cointribune, 12/01/2023
[45] Lula a rendu visite à Fernandez en janvier dernier. Source : OuestFrance, 21/01/2023 et les relations entre les deux pays reprennent sur différents fronts : Mercosur, échanges commerciaux, monnaie commune, Sources : Mercopress, 23/01/2023 ; Aljazeera, 23/01/2023 ; Reuters, 23/01/2023. Cf aussi Who Is Who In Argentina’s Fragmented Political Field. Source : Forbes, 28/02/2023
[47] Source : LeMonde, 24/02/2023
[48] Source : TaiwanNews, 10/03/2023
[49] Le slogan du DPP « contrer la Chine pour protéger Taïwan », se transforme en « La paix pour protéger Taïwan ». Source : Asie21, 27/01/2023
[50] Source : Jamestown, 03/03/2023
[51] Source : FocusTaiwan, 05/03/2023
[52] Militaire certes mais aussi stratégique comme le démontre l’actuelle crise des réseaux de câbles sous-marins : Taiwan worried about threat of China sabotaging undersea Internet wires. Source : ThePrint, 11/03/2023
[53] Sondages : GlobalTaiwan
[54] Les 7 candidats potentiels à l’élection présidentielle de Taïwan. Source : Forbes, 11/12/2022
[56] Source : TheDiplomat, 14/02/2023
[57] Source : TheInterpreter, 01/03/2023
[58] Cf who is Anies Baswedan, the ex-Jokowi aide allied with Muslim conservatives? Source : SCMP, 03/02/2023
[59] Source : JakartaPost, 16/02/2023
[60] Source : GIS Report, 31/07/2020
[61] Putin will leave office this year and appoint his successor to negotiate an end to the war, his former speechwriter says. Source : Marca, 15/01/2023.
[62] Comment ne pas envisager un tel scénario alors que l’on connait la fabrique à « mensonges » américaine (et britannique), comme pour l’Irak, la Syrie, ou encore récemment l’incident Nord Stream. Lire : « How America Took Out The Nord Stream Pipeline ». Source : SeymourHersh, 08/02/2023. Et : « Frank: Keine Belege für russische Sabotage an Pipelines » (« pas de preuve de sabotage russe sur les pipelines » – Peter Frank est le procureur général en charge de l’enquête en Allemagne). Sources : DieWelt, 04/02/2023 et Opex360, 06/02/2023
[63] Sources : CSIS, 20/01/2023, AlJazeera, 11/02/2023 et Slate, 07/02/2023
[64] A ce jour, Poutine n’a pas beaucoup d’opposition, les candidats se sabordent eux-mêmes. Source : RFERL, 09/03/2023
[65] Kremlin Readies for Putin’s 2024 Re-Election Under Shadow of War – Kommersant – Source : TheMoscowTimes, 13/01/2023
[66] Cf „Is the West losing the Global South? Ambivalence over Ukraine“. Source : StImson, 10/12/2022
[67] Source : Wola, 09/03/2023
[68] Source : FuserNews, 12/03/2023
[69] Sous influence des états, le Qatar n’étant pas le seul ni le premier état à pratiquer la « diplomatie du chéquier », source : Euractiv, 27/01/2023 ; mais aussi sous influence des lobbies, dont les scandales ont égrainé les différentes législatures. A écouter : « Bruxelles, capitale des lobbies », source : bx1, 15/01/2023. Et sur les dernières techniques de lobbying cf : «Lobbyleaks», le site pour lutter contre la corruption dans l’UE », source : Wort.lu, 03/02/2023. Selon l’Eurobaromètre du 12/01/2023, l’image positive du Parlement européen n’atteint un score que de 36% parmi les sondés. Source : Taurillon, 25/01/2023
[70] « European conservatives, right-wing chiefs meet as 2024 EU elections loom ». Source : Euractiv, 06/01/2023
[71] Le débat : Talk: « The 2024 Elections and the Future of US–Mexico Relations, with Ambassador Martha Bárcena Coqui », pose exactement la question. Source : UTexas ; cf aussi : Mexican political parties are courting voters living in Texas ahead of Mexico’s presidential election. Source : TexasTribune, 17/02/2023
[72] Notamment avec les faillites de Silicon Valley Bank et Signature. Source : Euronews, 12/03/2023
[73] Source : Navigator, 09/03/2023
[74] Climat et commerce mondial font partie des dernières priorités. Source : Pewresearch, 06/02/2023
[75] Source : Reuters, 03/03/2023
[76] The question is no longer whether he will run again, but when he will announce his candidacy. Source : TBSNews, 03/03/2023
[77] Même si : Certains démocrates préféreraient que Biden ne soit pas de la course. Source : LaPresse, 06/03/2023
[79] On pense bien évidemment à Ron De Santis, mais aussi : Pompeo takes swipe at Trump over adding nearly $8 trillion to US debt. Source : AOL, 03/03/2023; Vivek Ramaswamy, a biotech millionaire running against Trump, is a former Harvard rapper and son of Indian immigrant campaigning on ‘anti-woke’ credentials. Source : BusinessInsider, 07/03/2023 ; Nikki Haley announces run to be president at 2024 US election. Source : News.com, 15/02/2023
[80] Source : theglobeandmail, 10/03/2023
[81] Source : FiveThirtyEight
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