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Produire ou perdre : la guerre du XXIème siècle

ANTICIPATION

« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ».

La formule de Lavoisier décrit désormais mieux la mutation de la guerre que la chimie.

La guerre du XXIᵉ siècle n’a pas disparu, elle a seulement changé de logique. Elle ne se décide plus par un choc militaire décisif, mais par la capacité d’un État à soutenir un effort prolongé, à produire sous contrainte et à absorber l’attrition industrielle sans s’effondrer. Nous anticipons que les conflits à venir seront moins spectaculaires, mais plus longs, plus diffus et économiquement plus destructeurs. Voilà pourquoi la supériorité technologique ne suffira plus à garantir la victoire.

Prenons les conflits récents, du Sahel au Proche-Orient, et du Soudan au Yémen. Ils ne constituent pas une succession de crises isolées, mais un nouveau modèle de conflictualité dans lequel la victoire militaire immédiate perd sa centralité. Désormais les chaînes de production, les stocks, la logistique et la résilience industrielle déterminent l’issue d’un affrontement. Le meilleur exemple, c’est l’Ukraine où, en trois ans, le pays est passé d’une armée héritée du soviétisme à une économie de guerre distribuée capable de produire 5 millions de drones FPV par an[1], avec plus de 200 fabricants impliqués et 2 millions d’unités déjà sorties des chaînes en 2024. Entre juin et décembre 2025, les seules forces de systèmes non habités ukrainiennes revendiquent près de 200 000 cibles touchées pour environ 20 milliards de dollars de dégâts infligés à la Russie, soit l’équivalent du budget militaire annuel de plusieurs États européens[2]. Nous pensons que la guerre est redevenue un test de solidité systémique, bien plus qu’un affrontement tactique. L’issue des conflits à venir se jouera moins dans les états-majors que dans les usines. 

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