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Le bulletin mensuel du Laboratoire européen d'Anticipation Politique (LEAP) - 15 Sep 2023
L'Extrait public

La rentrée diplomatique a révélé un clair avantage au Global South dans le jeu du concert des Nations. Marquée par le sommet BRICS en premier lieu, annonçant un élargissement à six nouveaux pays : l’Arabie Saoudite, l’Égypte, les Émirats arabes unis (EAU), l’Éthiopie, l’Iran et l’Argentine[1]. Cette décision fait montre de la confiance que ces pays portent dans leur puissance et dans la stabilité et l’efficacité de leurs institutions.

Ils ont immédiatement après démontré la légitimité de cette confiance en orientant la déclaration commune issue du G20 en leur faveur. Ce texte a fait l’unanimité des pays membres, y compris la Chine et la Russie, faisant allusion à l’Ukraine sans condamner ouvertement le Kremlin[2].

La conclusion que notre équipe tire de cette séquence choc est que, non seulement le monde multipolaire est en marche en direction de ceux qui l’ont façonné, à savoir les BRICS et leurs partenaires du Global South, mais ils ont à présent la capacité d’entraîner dans leur sillage d’autres pays et régions, à commencer par le Moyen Orient, suivi de près par l’Afrique. Car l’élargissement des BRICS ne démontre pas seulement l’étendue d’une puissance économique à mettre à profit (voir notre panorama économique à ce sujet dans ce même numéro), mais aussi une puissance géopolitique et donc diplomatique dont le sommet du G20 n’était qu’un avant-goût. Cette nouvelle cadence nous permet d’anticiper les prochaines routes diplomatiques qu’imposeront ces pays aux précédents faiseurs de guerre et de paix que sont les Etats-Unis et l’Union européenne.

Car après la guerre vient la paix, comme après la pluie vient le beau temps. Nous anticipons donc une multiplication d’engagements de négociations dans les différentes zones de conflits du monde que nous allons ici passer en revue de manière non-exhaustive.

Le choix des candidats BRICS+

Ils sont quasiment une trentaine de pays à avoir signalé leur volonté d’intégrer le bloc, six ont donc été retenus et sont invités à l’intégration, une invitation qu’ils devront chacun accepter d’ici la fin de l’année. Contrairement à l’UE, les BRICS n’ont pas rendu public critères et processus d’intégration. On peut donc légitimement comprendre qu’ils ont fait au cas par cas. C’est pourquoi la prochaine séquence diplomatique à court terme se déroulera auprès et entre les nouveaux entrants au sein des BRICS. Cette séquence a déjà été entamée par l’Égypte et l’Éthiopie, qui ont ouvert des négociations sur le dossier du barrage Renaissance[3]. Les deux pays entretiennent depuis maintenant quelques années un différend portant sur la construction de ce barrage sur le Nil. Un projet pharaonique, lancé par l’Éthiopie en 2011 et aujourd’hui définitivement achevé, présenté comme vital pour le pays et dénoncé comme une menace par l’Égypte et le Soudan qui craignent de voir leur accès à l’eau du fleuve réduit[4]. L’Égypte se plaint d’une action unilatérale de l’Éthiopie dans ce contexte et les BRICS seront en mesure de fournir le cadre de discussion qui manquait jusque-là pour que les deux pays puissent trouver un compromis (voir notre article « Afrique, le dernier pion de l’échiquier multipolaire mondial », dans ce même numéro).

Iran et Arabie Saoudite, frères ennemis de longue date, sont dans une situation similaire[5]. Une normalisation des relations, déjà en cours, pourra se poursuivre avec l’aide du reste des états BRICS, et les EAU comme intermédiaires, entres autres. A l’image de la relation de ces deux pays avec le SCO[6], l’Iran a plus d’intérêt à cette intégration que l’Arabie Saoudite, et c’est pourquoi Téhéran s’est montrée très enthousiaste à l’issue du sommet[7] là où Riyadh est plus modérée[8], compte-tenu des difficultés internes que connaît l’Iran depuis maintenant plusieurs mois. Outre celles-ci, le dossier du nucléaire iranien a limité le pays dans ses relations internationales, depuis maintenant trop longtemps, accéder à une institution internationale comme les BRICS qui parvient à défier l’Occident tout en gardant ses gages de respectabilité, l’occasion est trop belle pour la laisser filer (l’importance stratégique de la région représente un atout inestimable pour tous types d’alliance, voir à ce sujet notre article « Le pivot moyen-oriental », dans ce même numéro). L’Iran sera donc sans doute plus souple et plus ouvert à la discussion avec l’Arabie Saoudite, ce qui devrait l’amener à des concessions sur Israël.

Ce rapprochement rejoint nos anticipations de longue date[9] sur la création d’un Moyen-Orient 3.0. Cette anticipation décrivait la grande transition entamée par l’Arabie Saoudite (et menée à bien depuis) pour laquelle le pays a un besoin vital de paix dans la région pour transformer son régime politique autant que son économie. Pour parachever cette entreprise et embrasser l’ambitieux futur que le pouvoir a dessiné (incarné par NEOM et le projet The Line[10]), il ne manque plus que de normaliser les relations avec l’Iran pour enfin faire la paix avec Israël. 

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